Modifier son corpus (aka aurevoir, Margaret Atwood !)

Faire des recherches c’est avant tout se faire une liste de textes à lire sur un sujet donné. Dans le cas du sujet qui m’occupe à l’heure actuelle, « les détectives féminins », j’étais partie du principe que j’allais suivre la bibliographie fournie par l’université d’Edimbourg, à savoir :

  • ·         Wilkie Collins, The Law and the Lady.
  • ·         Agatha Christie, 4:50 from Paddington.
  • ·         Val McDermid, The Mermaids Singing.
  • ·         Margaret Atwood, Alias Grace.
  • ·         Linda La Plante, Prime Suspect.

Sont ajoutés comme ouvrages de référence :

  • ·         Martin Priestman, The Cambridge Companion to Detective Fiction.
  • ·         John Scaggs, Crime Fiction.
  • ·         Gill Plain, Twentieth-Century Crime Fiction.
  • ·         Catherine Ross Nickerson, The Cambridge Companion to American Crime Fiction.
  • ·         P. Craig & M. Cadogan, The lady investigates : Women detectives and spies in fiction.

J’ai réussi à me procurer The Law and the lady gratuitement sur Gutenberg Project, 4:50 from Paddington et Alias Grace via la bibliothèque. Quant aux ouvrages de référence, ce sont tous des livres chers, non réédités voire introuvables, et j’ai mis des limites à l’investissement financier de cette entreprise. J’ai donc réussi à me procurer The Cambridge Companion to Detective Fiction via un contact passionné par la littérature policière, et The lady investigates : Women detectives and spies in fiction que j’ai trouvé d’occasion. Le reste, j’ai décidé de faire l’impasse, trop cher ou pour l’instant trop compliqué à trouver. Mais deux sur cinq, c’est pas si mal. Surtout que ces deux-là donnent énormément de références dans lesquelles j’entends piocher pour allonger la liste d’ouvrages à lire.

J’ai complété également cette liste par les ouvrages sélectionnés par Olivia Rutigliano pour son cours au Rosenbach Museum, tous (ou presque) disponibles gratuitement en ligne (et axés sur les détectives féminins de la période victorienne).

 

Tout un programme donc, et il fallait bien commencer quelque part. C’est ainsi que j’en viens à lire Alias Grace de Margaret Atwood. Plus de 600 pages dont aucune n’a été pertinente dans le cadre de cette étude. Aucune.

J’ai insisté, j’ai pensé que peut-être il fallait lire plus que 100, 200 ou 300 pages pour comprendre la raison de la présence de ce livre dans cette bibliographie… et rien.

L’histoire se déroule à la fin du 19e et s’inspire de faits réels, et le récit de Margaret Atwood est lourdement « inspiré » du livre de Susanna Moodie qui relate les faits de l'époque.

Grace Marks est une jeune fille gracieusement logée à la prison de Toronto car elle est accusée de meurtre ou de complicité de meurtre et supposée « folle ». Elle dit ne pas se rappeler des événements de la nuit du crime et éveille l’intérêt de plusieurs professionnels de la psychiatrie. L’un d’eux va rencontrer Grace et chercher à comprendre pourquoi elle ne se rappelle de rien et tenter de lui faire recouvrer la mémoire.

Grace quant à elle n’est jamais active, elle ne cherche pas à se rappeler quoi que ce soit, ni à résoudre aucun mystère. Elle ne s’approche ni de près ni de loin de la figure du détective. On passe d’ailleurs plus de temps à s’occuper de la vie sexuelle du psychiatre que du cerveau de Grace et l’ouvrage (dans son entièreté) n’apporte rien à la conversation.

J’étais… perdue. Et je me sentais bête. Impossible de comprendre pourquoi ce livre était dans cette liste. Et peut-être, en effet, suis-je trop bête pour le comprendre.

J’ai donc cherché conseil auprès de journalistes, d’auteurices d’essais et d’articles et de doctorants, bref des gens qui ont l’habitude de faire des recherches et j’ai posé la question suivante :

« Que se passe-t-il lorsqu’un ouvrage du corpus (la bibliographie, quoi) n’est pas pertinent ? Peut-on s’en débarrasser comme ça ? »

Tous ont répondu : « Oui. ». Zéro suspense.

J’étais un peu décontenancée et soulagée à la fois. Globalement, voici leur argument : « si l’ouvrage n’est pas pertinent, n’apporte rien au débat, est hors sujet, ne confirme ou n’infirme rien : à dégager. »

En effet, Alias Grace n’apporte rien au débat, à mon sens (ou disons dans la mesure de mes capacités de compréhension à l’heure actuelle). Grace n’est pas une détective. A aucun moment. Ni dans la temporalité du présent du roman, ni dans ses incursions dans le passé de Grace ou même son futur. Elle est une victime du système carcéral, des asiles de l’époque, du machisme, de la place donnée à la femme… tout ce que vous voulez, mais elle n’est pas une détective et ne l’a jamais été.

Mon verdict : hors-sujet. Je l’ai lu et je ne trouve rien d’utilisable pour faire avancer le débat. Rien qui m’aide à comprendre la figure de la femme détective.

Aurevoir, Margaret Atwood !



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